TL - Géo - Clefs de lecture... corrigé de l'Ex - p. 30-31 – regard critique sur l’utilisation géopolitique des cartes


 
Ex - p. 30-31 – regard critique sur l’utilisation géopolitique des cartes
Chypre
Localiser la "frontière" nord-sud de Chypre : google maps 

Île de l’empire Ottoman, Chypre tombe sous influence britannique en 1878. La politique britannique de « diviser pour mieux régner » entraine des oppositions internes. Chypre est décolonisée en 1960 et les britanniques imposent que la jeune République soit sous la double protection de « parrains » extérieurs : Athènes et Ankara, avec un droit d’intervention protégeant les ressortissants grecs (82%) et turcs de l’île (18%). En 1974, face au risque d’Enosis (l’union avec la Grèce) que fait planer le coup d’état de patriotes grecs contre le président chypriote (orchestré depuis Athènes, par une dictature de colonels appuyés par les USA… en pleine Guerre Froide), l’armée turque, avec des appuis anglais, envahit le nord de l’île (opérations Attilas I et II). La Turquie annexe 38% du territoire, chasse 200.000 chypriotes grecs du nord, y implante des colons et impose une République turque au nord (1983). Cette politique détruit les villages mixtes du nord mais aussi du sud ou les turcs sont rejetés. La Grèce n’intervient pas (mais la dictature s’effondre), et l’ONU désapprouve. Une « ligne verte » (180 Km) sépare le pays en deux, mais surtout sa capitale, Nicosie. L’UNFICYP de l’ONU y fait régner le cessez-le-feu. Le nord subit un embargo international et ne survit que grâce à Ankara (35.000 soldats trucs stationnent au nord), ce qui entraine un dédain de la Turquie de la part des chypriotes turcs.
L’île de Chypre est entrée en 2004 dans l’Union Européenne. Cette entrée a été acceptée par Ankara, et vue comme un prélude à une réunion de l’île, proposée par l’ONU en 2004, acceptée par le nord mais refusée par le sud. Depuis 2005 des points de passages sont ouverts entre les deux parties, alors que la population du nord a démontré son opposition à la tutelle d’Ankara et son désir de rejoindre le sud. La réunification paraît être principalement bloquée par les négociations la Turquie pour entrer dans l’UE et par la peur d’Ankara de perdre ses acquis dans l’île : le problème des déplacés grecs se combine avec celui des colons turcs et de leur légitimité dans un État réuni. Chypre comprend environ 1.000.000 d’h., plus de 700.000 au sud. Depuis que la ligne verte est ouverte, des chypriotes turcs du nord viennent s’établir au sud, alors que l’opposition augmente entre turcs d’Anatolie et chypriotes turcs.


Pour mieux comprendre la problématique de Chypre, voir ici.


1.             Comparez les cartes de Chypre et expliquez pourquoi, en fonction de leurs sources, certaines montrent une île divisée en deux 2 États et d’autres pas (doc. 1)
Le document 1 comporte 4 cartes de l’île de Chypre (Méditerranée Orientale), île séparée en deux de fait depuis l’invasion turque de 1974, alors que seul l’État chypriote (du sud) est reconnu internationalement. Ces cartes sont issues de sources différentes.
La carte A. a été publiée par l’ambassade de France , un pays de l’Union Européenne qui ne paraît pas avoir d’intérêt sur la situation chypriote. Elle présente un territoire uni (couleur jaune pâle), mais séparé en deux par une ligne de démarcation, limite sud de la zone d’occupation turque. Deux bases britanniques (Akrotiri et Dhekelia) sont mises en évidence : elles sont le témoin du passé colonial (britannique) de l’île. Cette carte montre la réalité de la situation territoriale chypriote, divisée en deux car occupée en partie par la Turquie. La république chypriote turque et les bases britanniques, de tailles considérables, sont bien visibles. Au-delà du droit, la France reconnaît des faits, la séparation en deux de l’île.

La carte B. est une carte « officielle » de l’Union européenne. Elle divise l’île en six provinces qui ne correspondent pas aux deux zones de la carte précédente, mais paraissent relever d’une division traditionnelle de l’île. Les bases britanniques ne sont pas représentées. Chypre est entrée dans l’Union Européenne : la république du sud, non celle, sous occupation turque, du nord. Cette carte montre que dans le cadre de l’UE c’est l’île de Chypre toute entière qui a rejoint l’UE, en dépit de la césure nord-sud. L’île est donc unie, et la république Turque, récusée.
La carte C. est extraite d’un atlas grec. Elle présente l’île, dont l’ensemble des localités sont énoncés en cyrillique, et une partie de la côte turque au nord, dont les dénominations reprennent l’écriture turque. L’unicité grecque de l’île souligne l’illégalité de l’invasion turque de 1974 et redonne une unité – grecque – à l’île. Il s’agit donc du point de vue de la Grèce qui ici souligne sa proximité (culturelle, linguistique, de civilisation…) avec la République de Chypre. Les bases britanniques ne sont pas représentées.
La carte D. provient d’un atlas turc. Assez proche de la carte A, elle représente la réalité de la situation chypriote, non le droit international : l’île est divisée en deux, et les bases britanniques sont visibles. Elle offre le point de vue turc : le nord est une république turque qu’Ankara reconnaît, ce qui lui donne une légitimité a ses yeux. L’île est donc divisée.


2.             Quels sont les enjeux territoriaux du Sahara occidental ? Comment sont-ils perceptibles sur les cartes ? Doc. 2 et 3.
Sahara Occidental
En 1975, à la mort de Franco, l’Espagne veut céder sa souveraineté sur le Sahara Occidental, frange atlantique du désert du Sahara. Deux camps s’opposent : le Maroc d’Hassan deux, qui se veut légitime au regard de liens tribaux de certaines populations marocaine, et le droit international, à travers la voix de la Cours de Justice de La Haye qui rappelle que l’autodétermination doit prévaloir.
Avant le départ des espagnols, le 6 novembre 1975, 350.000 marocains s’élancent pour une marche de plusieurs jours dans le désert, encadré par 20.000 soldats de l’armée royale : c’est la « Marche Verte », visant à annexer pacifiquement le pays, portrait du roi du Maroc et Coran brandit de concert. Elle initie une politique d’implantation de colons marocains (200.000 ? 300.000 ? ), visant à faire basculer la population de la région en faveur du Maroc.
Va s’opposer à Rabat le Front Polisario (Front populaire pour la libération de Saguiet el-Hamra et du Rio de Oro, fondateur de la République Sahraoui, aidée par l’Algérie). Vainqueur de la Mauritanie, le Front Polisario et la république Saharoui sont reconnus par l’Union Africaine (1984, Union Africaine fondée pour lutter contre la colonisation et qui estime la politique marocaine comme coloniale). Plus de 150.000 personnes ont été déplacées et vivent dans des camps dans le désert
Le document 2A est une carte publiée sur Internet par l’État marocain. Elle présente un continuum depuis la Maroc, au nord, en direction du sud, le long de la côte atlantique. Elle offre l’image d’un territoire marocain.
Le document 2B est une carte issue d’un atlas algérien. Elle présente un État indépendant au sud du Maroc, dénommé « Sahara Occidental ». Cet État est donc reconnu par l’Algérie.
La carte 3 présente la situation du continent africain face au conflit du Sahara Occidental. La carte est issue du journal Carto de novembre-décembre 2014, et offre une combinaison des situations, entre le reflet du droit et la réalité de l’annexion marocaine. Elle montre aussi que le continent africain est divisé à son sujet : le sud-est et le monde maghrébin sont globalement contre l’annexion marocaine, les état d’Afrique centrale l’ayant reconnu. Dans une image globale, la carte paraît équilibrée et neutre. Cependant, elle donne les noms des pays reconnaissant la république Sahraoui (17), lui donnant une prééminence (elle est reconnue, donc elle a une légitimité ?), alors que 37 ne l’ont pas reconnu…
Les enjeux territoriaux sont ici de plusieurs ordres :
·               À l’échelle du territoire sahraoui : territoriaux et géopolitique
-         le droit d’un peuple à l’autodétermination, après la période coloniale (Sahraoui, État ou pas ?)
-         des richesses ressources en phosphate et pétrole, que veut contrôler Rabat (capitale du Maroc)
-         le développement territorial du royaume du Maroc qui double sa côte atlantique
·               À une échelle plus large
-         la confrontation entre le Maroc et ses voisins (Algérie, mais aussi Mauritanie, qui ont reconnu le Sahara Occidental)
-         la reconnaissance du droit international, difficile à émerger dans le cas Sahraoui (carte 3 ?)
Ces tensions sont perceptibles par une instrumentalisation des cartes qui nient soit le droit des Sahraouis, soit le contrôle réel de la majorité du territoire par le Maroc. Les deux cartes du doc. 2 s’opposent totalement, et aucune ne reflète la réalité des faits, alors que la 3e carte paraît chercher la neutralité… mais appuie la reconnaissance.

3.             Montrez comment les cartes peuvent être mises au service de revendications et de discours politiques. Tous les doc.
Les cartes sont des constructions humaines. Reflet d’une réalité, elles sont surtout la conséquence de la recherche d’un discours. Il faut dès lors s’interroger sur ce qu’elles montrent, comment elles le montrent, et surtout, sur ce qu’elles ne montrent pas, et ce à toutes les échelles, la carte étant « un support idéal du discours politique » en cas de contestations frontalières (doc. 4).
Elles peuvent entériner l’annexion d’un territoire, illégal au regard du droit : dans le cas de Chypre, par la Turquie (carte 1B), et dans la cas du Sahara Occidental, par le Maroc (2A). A contrario, elles peuvent souligner l’unicité d’un territoire pourtant divisé (Chypre, 1A, carte de l’UE, 1C, atlas grec ; Sahara Occidental, carte 2B). Dans ces deux cas, la carte ne reflète pas la réalité, mais une lecture du territoire.
Mais les cartes sont aussi au service du droit international, qui veut rappeler le droit face aux actions des États. Cette logique produit des cartes qui s’appuient sur le droit, mais reflètent cependant la réalité des faits (Chypre carte 1A, Sahara Occidental, carte 3).
Les cartes sont ainsi « au service de revendications et de discours politiques », de la part de tous les protagonistes d’un conflit territorial, chacun cherchant à « tordre » la vérité en fonction de ses intérêts propre, et produisant une cartographie en conséquence.

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